La machine à baffes

Il était une fois...

... une machine

Une belle machine. Avec pleins de boutons. Les gens appuient sur ces boutons pour savoir quel est le coup qu'ils recevront tous : une gifle, un coup de pied dans le derrière, des poils à tirer, un coup de marteau sur la tête, etc. ce n'est pas le choix qui manque !

Les appuyeurs

La plupart appuient sur ce qu'il leur paraît le moins pire. Il y a des masochistes qui aiment cette machine et la vénère. Il y a les curieux qui savent que les boutons habituels font mal, alors ils aimeraient bien essayer le coup de mateau sur la tête, qui n'est encore jamais sorti.

Ceux qui n'appuient pas

Et il y a ceux qui n'appuient pas. A ceux là on leur dit : "Mais tu es fou ! Si tu n'appuies pas nous allons tous recevoir un coup de marteau sur la tête !" Certains se plient à cette juste injonction, d'autres s'en fichent, d'autres s'obstinent à ne pas appuyer pour d'obscures raisons.

Les Constructeurs

Tout en haut, il y a les Constructeurs. Ceux là nous aident à bien choisir, car ils connaissent la machine. Il y a plusieurs factions, ils se battent pour contrôler la machine.
"N'appuyez pas sur le bouton vert ! Les Constructeurs Verts veulent augmenter le nombre de poils à tirer !"
Ils aiment nous faire des promesses : "Appuyez sur le bouton rouge, je promet de mettre un gant sur la machine pour la baffe"
Ce n'est pas vrai bien entendu, mais un gant, ça fait rêver, c'est doux.
Ils nous rappellent l'importance de la machine :
"N'oubliez pas, des gens sont morts pour détruire la machine à Torture et construire celle-ci ! Mes amis, Appuyez en leur honneur !"

La Grande Peur

Les Constructeurs ont beau se chamailler entre eux, ce qu'ils craignent le plus, c'est que les gens arrêtent d'appuyer et se rendent compte que la machine peut être démontée.

Notre système électoral

Tout rapport avec le système électoral est purement fortuit. On peut néanmoins y voir quelques similitudes ;) mais pourquoi tant de violence de la part de la machine ?

Analyse

1. Par besoin de légitimité, le législateur est parti du principe qu'une élection ne doit prendre en compte que les suffrages exprimés pour un candidat. Cela veut dire qu'en théorie si l'élu est tout seul à voter et que tous les autres s'abstiennent il prend légitimement le pouvoir. Cela veut dire aussi que ne pas s'inscrire sur les listes électorales, s'abstenir et voter blanc revient exactement à voter pour tous les candidats.

2. Le mandat de ces élections est représentatif[1] : général (à propos de tout sujet), libre (il fait ce qu'il veut), non révocable. Ces mandats sont longs, sans aucun contrôle et sans bilan.

3. La campagne électorale exige certaines compétences : des moyens (favorise la corruption), des idées fortes distinctives (clivage de la population), du leadership (culte du chef), de la persuasion (com, démagogie, langue de bois, mensonge). Pas nécessairement pour les élections locales des petites communes, mais indispensable à partir des grandes agglomérations (et à fortiori département, région, nation).

Ce système ne va pas mettre les pires d'entre nous au pouvoir, puisqu'il faut un minimum de communication. Mais pour sûr il va favoriser les leaders charismatiques les plus ambitieux et les plus dangereux. Oh, il est tout à fait possible de proposer sa candidature en étant honnête, intègre, - indiquez ici toutes les qualités que vous voulez - c'est simplement un handicape par rapport aux adversaires.
Voilà d'où vient la violence. Nous pouvons trouver des élus intègres, des exceptions, c'est certain, mais le système n'est pas du tout vertueux. In fine ce système produit des injustices, du clientélisme qui nuit gravement à la population, d'où la baffe.

Les abstentionnistes, responsables de la montée des extrêmes

Pour être rigoureux les non inscrits, les abstentionnistes et les votes blancs favorisent tous les candidats de manière strictement égale.
Il y a pourtant là dedans matière à distinguer : ceux pour qui ça n'a aucune importance (élire tous) et ceux qui ne veulent d'aucun candidat (n'élire personne).
Pour le second groupe, si élire A est mauvais, élire B est mauvais et s'abstenir est "très" mauvais car C pourrait prendre le pouvoir, le citoyen est perdant à tous les coups. Or obliger quelqu'un à un acte qu'il sait mauvais sous la menace de pire, cela s'appelle du chantage. Et on ne peut pas engager la responsabilité de quelqu'un qui refuse de se soumettre au chantage.
Mais soit. Admettons : L'abstentionniste qui ne souhaite aucun des candidats prend sa part de responsabilité du résultat de l'élection.
Comparons maintenant aux responsabilités des autres.
Le système en place est fait de telle manière qu'un élu très peu soutenu par la population peut prendre le pouvoir. Ces règles ne sont pas gravées dans le marbre et peuvent être modifiées demain par le législateur. Ils peuvent décider de - par exemple - comptabiliser le vote blanc dans les suffrage exprimées et invalider une élection dans laquelle le candidat n'a pas un soutien suffisamment élevé. Impossible pour les extrêmes d'accéder au pouvoir de cette manière. Par rapport à l'abstentionniste mécontent dont l'avis n'est pas considéré quelle est la responsabilité de l'élu qui peut résoudre le problème ?
Mais il n'y a pas que les élus. Il y a aussi les électeurs qui, par leur bulletin, soutiennent un système qui permet aux extrêmes minoritaires d'accéder en toute légitimité au pouvoir. Quelle est leur responsabilité à eux ?

Si t'es pas content, tu te présentes

Ce serait croire naïvement que les candidats sont tous égaux lors d'une campagne électorale.
Nous l'avons vu dans l'analyse du système (voir plus haut) : c'est de l'hypocrisie. Même ceux qui l'affirment n'y croient pas. Voilà 200 ans que le système se verrouille, en dehors de circonstances exceptionnelles le citoyen lambda n'a aucune chance de remporter une élection.
Et puis surtout, être candidat au mandat représentatif[1] c'est s'accaparer le pouvoir d'une population, tout le monde n'a pas forcément envie de commettre cet acte là.
Heureusement - reprenez espoir - il existe des candidats qui prône le mandat impératif[2] avec contrôle, transparence, révocabilité et pouvoir de décision pour la population.

Ne laissez pas les autres décider pour vous !

Hahaha ! L'objectif de cette affiche c'est de combattre l'abstention car les élus sentent bien que ce phénomène croissant ils perdent en légitimité reconnue. Sauf qu'une fois qu'on a compris qu'un élu allait tout décider pour la population, cette affiche devient un message CONTRE l'élection.
Par soucis d'honnêteté je vous donne le vrai message de l'affiche : "Ne laisser pas les autres décider de qui décidera pour vous !".

Des gens sont morts pour l'élection !

Ah bon ? Qui ? Des gens se sont battus pour être libre, oui, ça d'accord, mais qui s'est battu pour l'élection ?
Les mouvements de révoltes qui ont eu lieu ont toujours été des mouvements de libération, et une fois libéré les gens prenaient les décisions eux même. Quand il fallait se faire représenter les mandats étaient impératifs[2]. Ce n'est qu'ensuite que les mouvements se font récupérer par une minorité qui met en place l'élection afin de conserver le pouvoir.

Le système n'est pas parfait mais...

C'est la ligne de défense de la plupart des élus face à la colère des abstentionnistes. Qu'attendent-ils pour le perfectionner alors ? Les problèmes sont connus et les solutions existent. La réponse est très simple : conflit d'intérêt.

La solution

En théorie

Idéalement, toute population devrait décider elle même du pouvoir qu'elle conserve et du pouvoir qu'elle délègue sous mandat impératif. Distribution des marchés publics, vote du budget, impôts locaux, utilisations des biens communs, subventions, tout est sur la table.
Vous appartenez à une population totalement désintéressée politiquement ? Aucun problème, que des magistrats soient élus et contrôlés par la population pour exercer ces pouvoirs. A contrario une population très impliquée politiquement peut conserver toute prise de décision. Au niveau de l'individu il n'y a aucune obligation de participer à toutes les décisions, chacun reste libre. L'important est pour la population de conserver le droit de changer les règles, c'est le principe de la souveraineté.
C'est tout à fait envisageable, l'histoire est parsemée d'exemples, à commencer par la période démocratique de la Grèce antique qui a fonctionné pendant 200 ans avec pas moins de 30.000 citoyens.

En pratique

Le système est parfaitement verrouillé, il n'est pas possible de fonctionner (légalement) autrement que par la mandat représentatif acquis suite à une candidature et une campagne électorale. Même le mandat impératif[2] est nul[3] en France.
Néanmoins de nombreuses expériences ont lieu, localement, que ce soit à l'initiative d'un élu qui implique sa population dans la prise de décision ou à l'initiative des citoyens qui investissent l'élection avec pour objectif de rendre à la population sa souveraineté (écrire la loi).
Si vous ne souhaitez pas (encore) vous impliquer, la première chose à faire est de scruter les listes électorales pour voir qui propose de transmettre le plus de pouvoir à la population. Sans oublier que les élus demandent toujours la confiance du peuple avec un grand sourire mais que eux n'ont pas du tout confiance dans la population, ne vous laissez pas duper par des mots du type "assemblée consultative" ou "conseils citoyens" : regarder concrètement ce que pourra imposer la population.
L'étape suivante consiste à engager la procédure. Pour coller aux règles légales de fonctionnement, il faut une liste. La meilleure chose à faire est donc de tirer au sort sur l'ensemble des inscrits sur les listes électorales pour composer cette liste. L'objectif unique de cette liste sera de mettre en place une Agora, c'est à dire un lieu où toute la population prendra les décisions communes (y compris la délégation des tâches dont elle ne voudra pas s'occuper). Comme ici à Cognin pour le tirage au sort :

Pour les élections européennes : incontournable "Démocratie Réelle" avec le mandat impératif de vos députés européens tirés au sort.
http://www.democratiereelle.fr/

Pour que se répande le virus de la démocratie, n'hésitez pas à rejoindre les Gentils Virus :
Gentils Virus

Références

Commentaires

Gagababa
Très bon article.
Un autre exemple de démocratie:
goo.gl/Up1X21
1 réponse


Yokho
Bon, nous n'avons pas le détail mais en regardant l'organigramme, il n'y pas de démocratie. Préparation, avis, implication... mais il n'y a rien qui donne concrètement le pouvoir à la population.
Le mouvement est démocratique dans la mesure où la population s'est rendu compte de sa puissance et a mis en place un maire certainement de bonne foi et plus à l'écoute. Mais il n'y a rien d'institutionnalisé, rien qui oblige, par la loi, le maire de faire ce que décidera la population.
Néanmoins c'est très encourageant cette histoire, et certainement que dans un village avec si peu d'habitant ça va très bien fonctionner.

Répondre


Répondre